Tuesday, 19 June 2018



ditinguera = distinguera ?

La Consistance et la Probabilité Constructive

PAR E. DUPRÉEL



PREMIÈRE PARTIE
LA CONSISTANCE

I. LES CONTRAIRES.

Les premiers représentants de la pensée occidentale, Ioniens, Pythagoriciens, Éléates, ont donné à leur spéculation, science et philosophie encore confondues, la forme d’une opposition de couples de notions que depuis lors on appelle les contraires (ta enantia), tels que le lumineux et l’obscur, le haut et le bas, le froid et le chaud, le pesant et le léger, le mouvement et le repos, mais aussi le continu et le discontinu, le plein et le vide, le pair et l’impair, le bien et le mal, l’être et le non-être.

Si les sciences de la nature ont assez tôt commencé de remplacer la distinction radicale de deux contraires par des notions plus rela­tives en la ramenant à une variation en degré dont est capable une notion unique, mouvement, chaleur pesanteur etc., intro­duisant ainsi la fécondité de la mesure et du calcul, si de leur côté les sciences de la vie ont progressé par des classifications systématiques, force est de constater, par contre, que la philosophie proprement dite, métaphysique ou morale est démeurée, et jusqu’à nos jours inclusivement, attachée à des positions à base de contraires universels, « exigences » de la pensée dont les couples finissent par se ramener plus ou moins explicitement à ceux-ci : un-multiple, bien-mal, sujet-objet, enfin et surtout Être-Non-être.

C’est à Parménide que revient l’honneur d’avoir expressément, avec une intrépidité de pensée demeurée inégalée, ramené toute opposition de termes contraires à la seule alternative de l’Être ou du non-être, mais l’on peut dire que si la postérité philosophique s’est évertuée à éviter les contradictions devant lesquelles ce grand promoteur ne reculait pas, elle n’a pu se résoudre à écarter définitivement cette formule elle-même, sous l’empire de son évidence toute de sens commun. On la retrouve au fond de tous les efforts pour atteindre au réel à travers les apparences vraies ou fausses, à la chose en soi sous les sédiments de l’emploi utilitaire de nos facultés toucher la valeur fondamentale, absolue, sous les valeurs illusoires ou convenues.

 Le problème est en réalité de trouver de cet encombrant con­traire un substitut qui l’écarte définitivement de son rôle philosophique traditionnel, comme le calcul et la mesure ont délivré la physique du règne exclusif des oppositions toutes qualitatives.

Au reste la persistance du succès de la philosophie à base d’oppositions radicales s’explique et dans une certaine mesure se justifie, car il ne saurait être question de rejeter toutes les oppositions générales comme fausses ou inutiles. Étaler un problème sous la forme de deux termes qui s’opposent est un moyen d’approcher de la conclusion que l’on a en vue. Tout être conscient et capable de délibérer devant une résolution à prendre est conduit à faire cette réduction au moment ultime qui précède sa décision. Si, par exemple, l’acheteur d’une montre ou d’une voiture a le choix entre plusieurs acquisitions possibles, la fin de son opération consistera en une dichotomie unique dont l’un des termes réunit tous les objets repoussés et dont l’autre est le seul choisi ; il y a là une opposition radicale, une réduction absolue à deux termes que l’on retrouve encore dans les cas du premier à la course, refoulant tous ses concurrents dans l’unité de la défaite.

Cette dichotomie finale, forme universelle de l’action délibérée est même imposée par la loi, qui oblige le juge à proclamer sa sentence en dépit des incertitudes qu’il peut n’avoir pas entière­ment surmontées. Appliquer à tout donné quelconque la forme d’un système de deux contraires est donc en fin de compte une des conditions de fécondité de l’action délibérée. Et faire ainsi est toujours possible car à tout ce qui peut s’affirmer une négation peut être opposée. Au besoin le second terme d’un couple de contraires est suscité comme notion complémentaire du premier, celui qu’on a discerné d’abord ; ainsi à la pléni­tude de la matière on opposera le vide, dont on ne définit nul autre caractère que l’absence de certains caractères du plein.

Quoi qu’il en soit, si souvent utile, si pratiquement indispensable que soit le raisonnement à base d’opposition de deux contraires, il faut reprocher à la philosophie de tous les temps et surtout à la métaphysique, d’avoir abusé du procédé en espérant tirer les conclusions les plus importantes, des couples de contraires universels, c’est-à-dire considérés comme exprimant soit la consti­tution fondamentale de la nature des choses, soit la constitution de la pensée attachée à connaître cette nature afin d’agir efficace­ment en s’y conformant désormais.

La vanité de cette recherche d’une sagesse unique et démontrée s’avère par la diversité et par les recommencements des philoso­phies qui l’ont entreprise. Sans le démontrer ici plus expressément, nous dirons qu’il est temps de proposer pour la philosophie d’achever d’accomplir la réforme dont a profité depuis si long­temps la science, en substituant à des notions radicales antagonistes, des notions capables de ne s’opposer à aucune relativité. Allant droit au plus fondamental des classiques couples de contraires, l’Etre et le non-être, nous lui substituerons, à cette fin suffisamment définée, la notion de consistance.

II. LA CONSISTANCE DES ÊTRES.

On raisonnera d’abord sur les êtres sensibles, dans l’espace et le temps, et l’on portera ensuite l’examen sur tout ce qui, sans être spatial ni temporel, peut néanmoins être qualifié comme un cer­tain être.

La consistance d’un être est la capacité de conserver son identité à travers les vicissitudes qui résultent de ses rapports avec les autres êtres. Tout corps est pourvu d’un certain degré de consistance.

Au fait, c’est cela même qui le constitue, car jamais on ne découvrira dans un corps quelque chose de préalable et d’étranger à tout ce qui lui permet de durer à travers tout contact qui puisse l’affecter. Ce qui dans son intérieur peut être en passe de le détruire, ne lui est qu’adventice et non constitutionnel.

On remarquera qu’ici l’être n’est pas par lui-même isolé de tout extérieur, on ne le considérera jamais que dans un ensemble de vicissitudes qu’il a traversées, qui ne l’ont pas annihilé et qui, au contraire ont contribué à sa capacité de résistance aux vicissi­tudes éventuelles.

Que sont ces « vicissitudes » auxquelles tout être n’est jamais étranger ? Elles sont le fait d’autres êtres avec lesquels il lui arrive de se rencontrer dans le torrent universel des accidents. Tout ces contacts sont en fait des altérations mutuelles par rapport à l’état antérieur, si petites qu’elles puissent être.

A cette propriété fondamentale de tout corps, quoi qu’il ait de particulier, d’être pourvu d’un certain degré de consistance, s’ajoute le fait non moins fondamental que cette consistance peut varier en degré, au moins dans certaines limites. Toute rencontre avec d’autres êtres pourra entraîner quelque variation du degré de sa consistance, accroissement ou diminution.

Dans la connaissance d’un corps il entre pour une grande part l’appréciation de sa consistance et en plus celle, plus ou moins conjecturale, de ce qui est en état de la faire varier, c’est-à-dire des vues sur ses tribulations possibles ou probables.

Donnons tout de suite un exemple du bénéfice de ce passage de l’être selon le sens commun, qui en fait un absolu à l’être en tant que consistant : la rame, vue droite telle qu’elle est hors de l’eau, est, pour le sens commun, seule un être réel ou véritable, tandis que plongée et paraissant coudée, ce n’est là qu’une « ausse apparence ». On retiendra au contraire qu’il n’y a ici que deux degrés de consistance. Forte chez la rame droite, le peu de consistance est extrême chez la rame coudée, puisque cette forme varie immédiatement selon tout changement de position et de l’objet et de l’observateur ; la rame droite au contraire résiste à tout déplacement, et impose son apparence à la multiplicité des sujets percevants. A une opposition irréductible, réalité-apparence est substituée une différence variable.

De la même manière se résoudra l’impasse logique du subjectif et de l’objectif. Au lieu de s’opposer irréductiblement en perdant toute prise sur l’intervalle, les deux termes se rangent sur l’échelle de la consistance. Ce qui n’est que subjectif est dépendant de toutes les vicissitudes du sujet isolé dont c’est la connaissance, éminemment variable selon l’état, les moyens et les rencontres de celui-ci, le réputer subjectif est donc lui reconnaître un degré de consistance plus faible, que n’apparaîtra tout objet, aperçu comme conservant son identité à travers la diversité des sujets percevants comme des moments de l’aperception.

Tout progrès dans la connaissance des choses paraît n’être pas loin de se ramener à des renseignements sur le degré de leur consistance et sur les conditions possibles ou probables de la variation de ce degré.

Le point de départ de l’observation en général ce n’est donc pas la considération d’un être isolé, en lui-même, cliché à tel ou tel endroit, fixé à tel moment, c’est la multiplicité indéfinie des êtres mêlés et mobiles susceptibles de s’altérer réciproquement par leurs rencontres et leurs combinaisons. Le donné ce n’est pas l’être, c’est la réciprocité des êtres dans leurs rencontres multiples et inopinées. Ce qui se combine, ce sont les consistances multiples et variables.

III. LA SIMILITUDE

Tous les êtres suffisamment rapprochés pour connaître des vicissitudes analogues, tel un vent qui souffle également sur tous les objets épars dans une plaine, ne manquent pas d’avoir entre eux à la fois des qualités ou propriétés communes et des particularités par lesquelles ils diffèrent les uns des autres. Nous nous demanderons si les conséquences des vicissitudes éprouvées en commun influent sur le destin de ces êtres différemment selon que domine chez eux les similitudes ou les différences. Le cas normal étant un mélange de ces deux contraires, il peut être difficile de discerner quelles conséquences sont dues à de la différence, et quelles résultent de la similitude. On les ditinguera mieux si les êtres consi­dérés, en même temps qu’assez voisins, sont semblables par un nombre de caractères communs qui l’emporte nettement sur les différences, ou dans le cas contraire. C’est pourquoi nous fixons notre attention – au moins pour commencer – sur les êtres qui se distinguent immédiatement par une forte majorité de caractères semblables, et que nous appellerons, pour faire court, les semblables.

Que peut-il résulter de particulier à ces semblables du fait de leur commune soumission aux facteurs altérants que leur inflige perpétuellement le milieu ? Étant très analogues du fait de leurs communes propriétés, il y a toutes chances que leur consistance soit sensiblement égale ; dès lors les altérations éprouvées par l’influence du dehors seront plus ou moins les mêmes, de même sorte ou d’égale gravité ; ils seront changés, mais en même temps et de la même manière. Retenons ici que quelque chose de spécifique se produit ainsi qui ne provient pas de telle qualité particu­lière, mais qui est uniquement le fait de l’égalité dans le changement subi. Soit un amas de grosses pierres, de gravier et de sable, exposé aux souffles du désert. Le vent chasse le sable au loin, dans une même direction, avec toutes chances de le déposer enfin dans quelque dépression ou devant un même obstacle ; le gravier, plus pesant, n’est écarté que de peu, tandis que les pierres lourdes sont demeurées sur place. Il y aurait donc là trois espèces de semblables qui s’entremêlaient, empêchant pour chacune un rapprochement plus complet. A la fin de l’aventure les trois espèces ont subi un triage qui en les isolant, en rapprochant les éléments de même sorte, procure à l’être collectif que constitue chacune des trois espèces, un plus haut degré de consistance. Brouillées ensemble, la consistance de ces trois sommes étant pratiquement nulle ; il est permis de considérer que c’est l’opération survenue qui leur a donné la valeur d’une existence propre et discernable.

On dira donc que les influences du dehors exercées sur une pluralité de semblables ont pour effet probable 1° de maintenir la similitude à travers le changement produit, 2° de rapprocher les éléments les uns des autres par l’éloignement relatif des différents et d’accroître de ce fait la consistance de l’être collectif que constitue leur ensemble, ou pratiquement de donner naissance à cet être en le rendant capable à son tour, de se conserver en dépit des facteurs altérants.

Effets sur les rapports entre semblables, à l’intérieur du groupe.

Plus remarquable encore est la conséquence des vicissitudes quelconques sur les rapports mutuels des éléments eux-mêmes (nous dirons désormais des individus, puisque les semblables évolués sont membres d’une collectivité, d’un groupe). Les influences extérieures ont pour effet normal d’ébranler plus ou moins les individus et de les précipiter les uns vers les autres. En fait, à mesure que l’être collectif devient plus consistant, plus étroits et plus constants sont les rapports entre les éléments, et l’influence du dehors tend à se traduire par un foisonnement de rapports mutuels.

Il serait long de détailler les conséquences de l’action du dehors sur le dedans d’une collection aux éléments rapprochés les uns des autres ; on retiendra que ce retentissement prend d’abord assez régulièrement la forme d’un antagonisme élémentaire. Le coup éprouvé devient entrechoquement général, le premier bousculé recule sur un autre auquel il impose une partie de l’impulsion reçue, et le fait va se généralisant, combiné avec les inerties et les ripostes. Mais ces antagonismes multipliés ont chances de demeurer provisoires, et toujours atténués, finalement éliminés, pour cette raison que étant semblables et de consistance analogue, les lésions communiquées sont restreintes et assez exactement équivalentes, finalement éliminées dans un aménagement géné­ral, dans une commune accommodation au détriment survenu.

Ainsi le changement qu’impose à la collection des semblables une suite d’influences extérieures tend à se traduire par un perfectionnement de la compatibilité des individus. Leurs accommodements feront qu’ils résistent avec moins de dommage aux contacts répétés de leurs associés. Cette compatibilité acquise de ses éléments est une condition de la durée d’une collectivité, en même temps qu’elle constitue pour chaque individu un progrès de sa consistance propre. Ainsi des cailloux tombés de la falaise, incessamment « roulés » par les marées, d’anguleux et difformes qu’ils étaient d’abords, prennent une forme arrondie qui rend moins dommageables les entrechoquements et moins graves et moins durables les pressions subies.

IV. L’AMALGAMATION

Comme on vient de le voir les semblables sous l’effet prolongé de leurs vicissitudes, ont chances de se trouver enfin rapprochés les uns des autres et, par l’éviction corrélative des corps différents d’abord intercalés, ils en viendront à se toucher d’un manière continue. Un pas de plus dans la même évolution pourra les conduire à s’agglomérer les uns aux autres, de telle sorte que la collection des éléments se transforme en un solide unique, et que la consistance de chacun aura disparu au profit de la consistance de leur rassemblement compact.

Au fait, tout ce qui nous entoure n’est-il pas composé plus ou moins directement, moyennant force opérations intermédiaires, d’agglomérés de ce genre ? Dès lors, l’évolution d’une collection de semblables que nous avons décrite, avec le double progrès en consistance serait, dans un grand nombre de cas un simple état préparatoire au passage à l’unité d’un solide dont la consis­tance serait un produit des consistances des éléments et de celle, toute provisoire, du groupe qu’ils ont formé, préalablement à l’agglomération. Des deux progrès en consistance celui du groupe et celui des éléments, seul le premier irait à grandir par l’abolition de celle des éléments. Mais ce n’est pas ce phénomène très général, dont l’examen et les variétés relèvent directement de la science, qui doit retenir notre attention. C’est au contraire le cas où le processus se poursuit sans que les éléments fusionnent. Il suffit pour cela que l’on se trouve devant une espèce d’êtres semblables assez consistants déjà pour se refuser à cette perte de consistance que serait l’adhérence de l’un avec un autre ou avec plusieurs. Dans ce cas l’évolution probable du groupe comportera un progrès parallèle de la consistance du tout et de celle des individus sans que ce progrès soit assuré d’être toujours exactement concordant. Ce cas existe et il est d’importance, c’est celui des êtres vivants. Plantes et animaux comportent des individus capables dans leurs rapports communs de résister à des adhérences ou à des absorptions, qui les aboliraient comme individus, ou n’en laisseraient qu’un seul, et cette résistance profite à la consistance du groupe qu’ils forment en commun. Au reste, chez les êtres les plus développés, une autre résistance peut se produire, par laquelle l’individu s’efforce d’opposer un frein à l’emprise du groupe, qui menace, sous couleur d’organisation, de restreindre les initiatives et par suite la consistance propre des particuliers. On trouve ainsi dans le progrès même des êtres, des limites éventuelles au pro­grès de leur consistance.

V. HIÉRARCHIE DES ETRES SELON LA CONSISTANCE

La consistance d’un être étant sa capacité de durer à travers la succession de ses vicissitudes, il convient de ne porter l’attention, dans l’examen de son destin, que sur les sortes de vicissitudes capables de les atteindre. Ainsi un objet tout matériel ne peut être directement altéré par quelque chose qui n’a rien de sensible, seul peut le toucher quelqu’autre être spatial et c’est seulement sur cet être de même sorte qu’il peut porter sa résistance ; réciproquement, une idée pure telle qu’un nombre ou une proposition logique, ne peut entrer en rapports directs qu’avec d’autres êtres également « abstraits ». Un jugement ne peut être confirmé ou infirmé que par un autre jugement, un nombre admis ou nié que par la substitution d’un autre nombre. Le sujet vivant et pensant qui se prononce sur ces rapports n’est qu’un intermédiaire nécessaire, ce n’est pas de sa nature propre que dépend la relation retenue.

En conséquence dans la recherche de la hiérarchie des êtres selon le degré de consistance il y a lieu de la dresser selon leurs natures respectives. On tiendra pour accordé qu’il suffit de caractériser la consistance au sein de ces trois espèces d’êtres que sont les choses sensibles ou perceptibles, les notions et les valeurs. Sous le nom de notions seront réunis tous les êtres qui ne se posent que dans leur rapport avec un sujet en condition de les connaître et de les exprimer, sensations, sentiments, pensées, rêveries etc. Quant aux valeurs ce sont ces êtres qu’on peut appeler dynamiques car une valeur est cela qui entraîne un acte délibéré.

VI. HIÉRARCHIE DES ÊTRES SPATIO-TEMPORELS

Sujet immense qui demanderait la compétence du savant jointe à l’expérience de l’homme d’action. Pour en marquer seulement la mise en place nous y relèverons trois étages. L’étage du milieu est celui du solide, compact et inerte ; tels sont une pierre, un outil, un bijou, même une planète!, toutes choses directement perceptibles, capables d’une longue durée tout en subissant une lente dégradation.

Au dessous de cet étage moyen on rangera tous les êtres que l’on peut appeler les inconsistants en voulant marquer par là leur dépendance de quelque être du niveau supérieur, ainsi les qualités ou attributs des solides, comme la couleur ou une partie d’un corps, varieront comme variera le corps dont elles sont un complément ; un liquide, un gaz, incapables de se soutenir sont soumis au récipient qui les porte ou les retient et dont ils partageront plus ou moins la plupart des variations. Leur consistance n’est jamais nulle, mais toujours soumise à une consistance étrangère.

Les Êtres supérieurs.  – Il y a enfin au dessus des solides et des inconsistants les êtres dont la consistance particulière repose sur des moyens d’action desquels ils sont intérieurement pourvus. Ceux-là ne sont pas seulement capables d’atténuer les altérations subies, ou d’éviter certains d’entre elles, mais il leur arrive même de restaurer les dégradations subies par le fait de l’extérieur, au point de se retrouver dans le même état qu’avant le détriment, voire dans un état plus avantageux. Ce troisième étage est celui des êtres vivants ; à leur sommet sont les êtres pensants. Notre analyse de la consistance en général nous permet d’y joindre les êtres collectifs en voie de progression et qui doivent à la simili­tude de leurs éléments de riposter aux attaques du dehors par un progrès relatif de leur consistance.

Lorsqu’il s’agit de collections de solides simples, ce processus est toujours trop rare, ou plutôt trop peu accusé, trop partiel, interrompu ou trop lent pour tomber directement sous notre observation, mais il se confirme entièrement quand la collection est celle d’éléments déjà pourvus du plus haut degré de consistance, tels que les animaux et les hommes.

Dans l’enquête sur le degré de consistance des êtres une place importante est à réserver aux êtres collectifs en général (y compris les rassemblements de différents, et les mélanges de semblables et de différents). L’importance des être collectifs, des groupes en tant que tels, à distinguer de la simple somme de leurs éléments, a toujours été méconnue et négligée.

VII. HIÉRARCHIE DES NOTIONS

Sommairement, en vue seulement de ce que nous avons à en dire quant au degré de consistance, nous répartissons les notions en ces deux catégories : 1° les idées dites sensibles, fondées plus ou moins directement sur les perceptions, 2° les idées dites intelligibles ou rationnelles élaborées par le raisonnement en vue de leur application au savoir et à la conduite, telles sont les notions fondamentales du droit, de la morale, des relations économiques, de l’esthétique, de la philosophie et de la science en général (1).
(1) Les idées relevant des mathématiques et de la logique pure, trop incom­pétent pour aborder ici ce qu’elles peuvent avoir de particulier, je ne puis que les intégrer dans la seconde des deux catégories, au titre de notions élaborées en vue de l’expression de l’état de nos connaissances. A ce titre, et quelle que soit leur clarté immédiate ou leur simplicité apparente, ces idées ne peuvent que se régler quant à la signification qu’il importe de leur conserver, sur le progrès de la connaissance dont elles sont le moyen d’expression. Point donc ni d’idée à priori parfaitement immuable quant à la somme de ses propriétés, ni de système d’axiomes unique, péremptoire, imposant définitivement ses affirmations aux développements ultérieurs des connaissances. Une théorie de la consistance relative est donc du côté des partisans d’une " philosophie ouverte n, telle, par exemple, que la représentent M. Gonseth et Dialectica.

Les notions à base de perception et leurs propriétés apparentes ou immédiatement déduites se distinguent par une consistance bien marquée. L’accord sur la signification du mot ou de la proposition qui les exprime est assez facile et durable pour n’entraver qu’exceptionnellement la combinaison des besoins individuels et les relations entre associés. Autrement dit leur expression garde assez exactement la même signification quel que soit le discours dans lequel on les rencontre. Les autres mots de la phrase n’exercent sur cette signification aucune pression déformante. Ou si cela arrive le changement de sens qu’ils imposent est assez clair pour que l’on sache que c’est en réalité d’une autre notion qu’il est question dans ce cas. Personne ne se trompe sur la nature des mille chevaux d’un moteur. La raison de cette constance dont profitent les notions sensibles c’est que l’accord sur leur signification est facile à obtenir et à maintenir : il suffit de s’en référer aux perceptions qui sont à leur origine. Comme tous les sujets percevants ont les mêmes moyens de perception, on tombe d’accord en les exerçant en commun. La perception renouvelée, recours à l’expérience commune, maintient au profit de la notion et de son sens une sorte d’évidence assurée.

Si l’usage conduit à étendre la portée d’une expression à un nombre de plus en plus grand d’objets, de plus en plus divers, l’accord sur une définition pourra rétablir la consistance menacée en écartant certains sens adventices ; lesquels auront à être pourvus d’une appellation particulière. Lorsqu’une espèce animale ou végétale plus complètement explorée pose aux naturalistes la question de savoir si la rubrique consacrée convient encore pour désigner indistinctement tous les individus observés, ils se décident à passer de la considération d’une espèce unique à celle d’un genre comportant plusieurs espèces distinguées chacune par quelque différence. La consistance propre aux notions sensibles assure donc à celles-ci l’avantage de ne pas varier de sens à travers la diversité des occasions d’en insérer l’expression dans un discours ou un raisonnement.

2° En dépit de leur importance et de leur prestige, les notions dites intelligibles ou rationnelles que nous opposons, quant à nous, aux idées sensibles en les appelant élaborées (1), loin d’être caractérisées par une consistance qui serait supérieure à celle des notions sensibles, sont au contraire affligées d’une propension à varier quant à leur sens, qui leur vaut une inconsistance relative très caractérisée. Nous pourrons dire que les notions élaborées de notre deuxième catégorie sont en fait des idées confuses en ce que leur signification est sujette à varier selon les circonstances où elles sont formulées.
(1) En fait toutes les notions, même sensibles, sont plus ou moins élaborées. La distinction que nous faisons ici est donc pratique l’t provisoire.
Il ne s’ensuit nullement un manque de valeur qui serait totale ; tout l’ordre social et toutes les conduites individuelles reposent sur un accord relatif quant à la signification des notions du droit, de la morale, des ententes économiques, de la pensée philosophique et religieuse ; le sens commun est tout formé de ces accords et le souci de favoriser l’entente ou de la conserver est à la source de l’ordre social et de la paix. Mais c’est justement du fait qu’il y a urgence d’établir que nos agissements sont conformes aux accords fondés sur ces notions qu’il s’ensuit que chacun de nous est porté à les interpréter conformément à ses convenances personnelles : « Je n’appelle pas justice ce que mon adversaire prétend qu’elle est, la vraie justice, au contraire c’est etc . . . ». Ce n’est pas seulement la chicane sans probité qui ébranle de la sorte le sens vacillant des notions confuses, même les meilleures intentions incitent à proposer d’une même notion une interprétation particulière : la noblesse même de la cause qu’on défend incite à déduire l’interprétation qu’on préfère, et à repousser un sens qui la contredirait.

Ainsi, plus une notion est haute et prestigieuse, éloignée qu’elle est de l’expérience brute des faits, construite au contraire à partir d’autres idées déjà sujettes à interprétation, plus elle sera exposée à voir sa signification diverger dans des directions opposées. Mais cette analyse ne doit pas conduire à un pessimisme trop marqué : la vie sociale, qui souffre de l’imprécision de ses notions les plus élevées, réagit opportunément par des conventions renouvelées. Un sens moins équivoque sera reeconnu à telle notion importante par l’accord sur une définition expresse, faite à dessein d’exclure les sens multiples qui ont proliféré, au profit exclusif du sens retenu. Ce recours à des définitions renouvelées réussit dans certaines limites, fortifiant à tout le moins l’accord des membres d’un groupe. Mais les définitions des notions élaborées sont toujours un cas particulier du même système d’élaboration, elles emploient à leur tour des notions confuses sur lesquelles la discussion pourrait se prendre. Les définitions convenues, multiples et opposables, laissent chimérique la prétention de saisir de la notion discutée un sens précis, unique et cohérent, définitivement exclusif de tout autre.

VIII. THÉORIE DES IDÉES CONFUSES

Au fait il convient de renoncer à la position classique, séculaire, sur le rapport des notions quant à la clarté et à la confusion. Loin d’admettre avec les cartésiens qu’une idée confuse n’est qu’un ramassis d’idées claires, c’est-à-dire simples et parfaites par elles-mêmes, et qu’il n’y a qu’à démêler ces nœuds pour aboutir à l’évidence, nous sommes porté à penser que l’idée confuse, tout autre qu’un accident malheureux des sens et de la raison, est en réalité le type exemplaire et fondamental de toutes les idées portant sur le réel, c’est-à-dire sur le spatial, le temporel et l’action.

Ce n’est pas l’idée qui est quelque part dans toute sa pureté et que doit exprimer avec exactitude le mot qui lui est consacré, c’est, ce sont les discours dont les éléments successifs aboutissent à être des mots pourvus d’une capacité d’expression.

Les mots se sont précisés parmi les efforts confus des narrateurs et des argumentateurs. Ceux-là sont animés par ce qu’ils veulent faire admettre et les moyens d’expression qu’ils adoptent seront conformes au résultat qu’ils ont en vue.

Dès lors, en généralisant la notion d’expression, on pourra dire : Une notion n’a jamais que le sens (signification, portée) qu’on lui découvre dans le discours où on la trouve exprimée. Ce sont les autres mots de ce discours qui en achèvent ou en précisent la signification.

La consistance des notions sera donc toujours liée à la portée du discours où son expression a pris place. Mais il se découvre, à l’usage, que certaines notions et leur expression peuvent avoir la même signification dans une pluralité de discours variés et disparates. Ces notions-là, loin d’être totalement subordonnées à l’influence qu’exercent sur elles les autres mots ou parties du discours, résistent à cette influence et contribuent au sens général du discours par une signification acquise dans des discours antérieurs. C’est dire que ces notions sont consistantes du fait et en proportion que leur contribution à l’opération d’ensemble l’emporte sur leur impressionnabilité. Et ce sont les mots les plus utilisés et les moins discutables dans le trésor des termes dont un langage dispose. Inconsistantes au contraire seront les notions susceptibles d’offrir un sens totalement dépendant de l’ensemble de la phrase ou du discours, et de varier, par suite, considérablement.

Les notions des choses sensibles, toujours vérifiables par un nouveau recours à la perception, s’imposant de même à la diversité des sujets percevants, en dépit de leurs préoccupations opposées, sont, nous l’avons reconnu, des notions peu confuses, très consistantes, ou exposées seulement à des extensions de sens aisément discernables.

Ce privilège ne s’étend pas aux notions élaborées de notre deuxième catégorie. Là aussi cependant leur inconsistance peut être atténuée par une définition soignée qui écarte formellement telle ou telle déviation de sens, pour ne retenir qu’une acception unique, qui laisse en dehors d’elle un résidu qu’il faudra traiter par d’autres définitions. Encore la rigueur du sens défini demeure­t-elle toujours imparfaite, car la définition elle-même se sert de mots susceptibles d’être affligés de la même inconsistance.

Certes, et c’est heureux pour la vie sociale qui, autrement serait arrêtée au plus bas niveau, force notions confuses ne manquent pas d’être réductibles à un nombre fini d’idées claires, c’est-à-dire s’imposant pratiquement comme telles à l’adhésion, conformément aux thèses du cartésianisme classique ; mais ceci est une occasion de marquer une proposition capitale et décisive de la théorie des idées confuses.

Il est aisé de découvrir que telles notions éminentes, irremplaçables, excluent cette réductibilité, et elles sont parmi les plus fondamentales de toute activité supérieure. Telles sont les notions qui reconnaissent au sujet agissant, soit du mérite, soit du démérite, l’idée de responsabilité et d’imputabilité, et l’on pourra démontrer que l’attention critique dirigée de ce côté ira jusqu’à constater que dans tout ce qui découle de l’idée d’un sujet actif, plus encore, dans tout ce qui se rattache à l’idée de causalité, on trouvera impliquées des notions irréductiblement confuses. Ainsi le mérite comporte une interpénétration étrangère à toute logique de deux conditions d’existence, l’intention du sujet et le succès de son effort, où le hasard joue un rôle inévitable.

Ceux qui ne conviendraient pas qu’une notion puisse être à la fois valable et irréductible à toute unité logique en seraient réduits à décider qu’il n’y a pas de mérite, qu’il n’y a là que fiction utilitaire, une convention. « Convention » serait ici opposée à réalité, mais il n’y a rien de plus réel qu’une convention, l’instituer et l’observer c’est proprement créer une réalité nouvelle, c’est l’installation d’un être dans le torrent des faits.

 Ce ne sont pas seulement les notions pourvues d’une entière cohérence logique (s’il en est de telles !) qui méritent d’être considérées et retenues comme les soutiens de ce que l’ordre social a de plus respectable, il y a aussi des notions où c’est l’accord des consciences encouragé par l’expérience de leur fécondité qui procure à des notions toutes sociales, telles que le mérite, le démérite, la responsabilité une consistance, précaire il est vrai, mais éminente.

Il va de soi que plus une notion élaborée est consistante, c’est-à-dire capable de ne pas varier de sens selon les cas de l’employer, plus elle mérite d’être retenue et de servir, mais ce serait chimère que de vouloir ne retenir que les notions d’une cohérence logique indiscutable (1) . Au contraire, une confusion relative dans une idée peut la rendre irremplaçable dans les délibérations et les conclusions. On oserait dire que quelqu’irréductibilité dans la non-cohérence logique demeure constitutionnelle au sein de la pensée appliquée à la réalité.
(1) Répétons encore que tout ce qui implique l’idée de causalité, serait com­promis dans ce cas. L’idée de causalité est toute pratique et utilitaire, provisoire tout au plus dans la science en raison de l’inachèvement de celle-ci. La preuve c’est que l’on choisit pour la nommer cause d’un phénomène, celle de ses con­ditions toujours multiples, à laquelle on s’intéresse, soit pour la produire, soit pour l’empêcher.

Ces vues sur les notions confuses, dont beaucoup sont éminentes et irremplaçables, ne manquent pas de diriger l’effort critique vers les problèmes fondamentaux de la vérité. Sans entrer ici dans un tel examen, écartons certaines inquiétudes que ces vues sur le confus dans la connaissance pourraient susciter quant à la suprématie du vrai sur le faux. Au contraire, c’est au nom du respect intégral de la vérité que toute enquête sur le confus et la consistance des idées doit être poursuivie.

La position d’une vérité absolue exigerait que tout ce qu’on juge pourvu de cette qualité fût réduit à l’unité d’un jugement. Dès qu’il s’agit d’un système d’affirmations sur la réalité, c’est-à-dire sur un sujet irréductible à cette unité, les exigences de la vérité absolue doivent fléchir. Une doctrine philosophique n’est jamais ni complètement vraie ni radicalement fausse, de même un long plaidoyer ou un système politique. Vérité et confusion relative se mêlent dans toute vie comportant connaissance et c’est là qu’on retrouve les variations de la consistance dont peuvent être pourvues les affirmations.

L’impossibilité de réduire toute connaissance du réel à ce tissu d’idées claires et toutes simples, que supposait le rationalisme selon Descartes, fruit de l’esprit individualiste de la Renaissance. n’exclut en rien le rationalisme comme tel, au profit de n’importe quelle velléité de « surnaturel », elle suggère au contraire un ratio­nalisme plus large, plus affranchi de la connaissance d’un seul sujet, mieux avisé de l’importance constitutionnelle de la vie à plusieurs.

IX. HIÉRARCHIE DES VALEURS

La notion de Valeur en général se rencontre dans l’examen de la conduite d’un sujet connaissant. Celui-ci, dans tout le cours de son existence, aussi longtemps qu’il est capable d’action, se trouve devant des choix à faire, tenu d’agir ou de s’abstenir, amené à décider entre deux résolutions opposées, de celle qu’il adoptera finalement. Cette attitude incessamment reproduite consiste à combiner l’état de choses devant lequel on se trouve placé avec les connaissances qu’on possède au préalable ou qu’on s’avise d’acquérir en vue de la décision à prendre. Celle-ci sera donc l’effet d’une combinaison d’êtres et de notions, qui n’est autre que la reconnaissance d’une valeur: il vaut mieux faire ceci que cela, se comporter ainsi qu’autrement, agir plutôt que s’abstenir ou inversement.

Reconnaître ainsi la nature de la notion de valeur c’est mettre en évidence sa relativité : une valeur ne peut se déterminer que par rapport à une autre valeur, à laquelle on la juge supérieure, en tant que plus apte à diriger au mieux la conduite dans les circonstances données. Il n’y a donc que des relations de valeurs, et les distinguer pour les classer ce sera les hiérarchiser selon leurs aptitudes à diriger les conduites. Sera jugée supérieure la valeur qui l’emporte sur une autre par la résolution qu’elle suggère. Par exemple, renoncer à un bénéfice parce qu’on le juge injuste c’est poser la supériorité de la valeur de justice sur une valeur d’intérêt personnel.

De même qu’un être est tenu pour plus consistant qu’un autre être lorsqu’il maintient mieux que cet être son intégrité à travers leurs communes vicissitudes, de même qu’une notion est jugée plus consistante qu’une autre en ce qu’elle garde plus intacte sa signification dans les raisonnements et discours divers où elle est insérée, de même une valeur est plus consistante qu’une autre lorsque le sujet qui la considère choisit d’agir selon cette valeur en se détournant de la suggestion de l’autre.

Classées selon cette capacité relative, on distinguera d’abord entre les valeurs singulières, subjectives ou égoïstes, et les valeurs communes, c’est-à-dire estimées comme telles par une pluralité de sujets en condition d’agir.

Les valeurs singulières sont celles qui n’entraînent un acte conforme que selon des dispositions propres à un seul sujet ; leur consistance est au minimum, étant entièrement dépendante de toutes sortes de circonstances variables ; de plaisante qu’elle est d’abord une sensation peut devenir déplaisante selon tel changement dans l’état du sujet, telle relique sentimentale, qui ne vaut que par le souvenir d’un seul, perd cette valeur par l’oubli ou la mort. Le proverbe : des goûts et des couleurs il ne faut pas discuter s’applique à tout ce qu’un seul est dans le cas d’apprécier comme règle d’action. Peu consistantes parce que sujettes à varier selon les dispositions d’un seul seront toutes les valeurs liées aux tendances organiques comme aussi à des particularités de la condition, du passé de l’individu qui y conforme à un moment donné son activité.

Plus haut sur l’échelle de .la consistance sont à situer les valeurs communes, toutes celles que plusieurs agents éventuels reconnaîtront à l’envi comme valeurs.

a) Communes valeurs d’appropriation :
La première catégorie des communes valeurs réunit tout ce dont une pluralité d’individus sont dans le cas de désirer la possession, tout ce qui est jugé utile à qui en dispose, ce qui peut servir d’échange, ce qui s’achète et se vend. C’est le rang des valeurs économiques et utilitaires. Elles méritent d’être appelées valeurs d’appropriation. En effet, les actes caractéristiques qu’elles suscitent ne peuvent être posés par tous ceux qui sont dans le cas de les estimer : il faut posséder les choses, ce qui empêche autrui d’en profiter ; l’accord sur ces valeurs est par là une source de rivalité et d’antagonisme.

A cela tient l’immense variété des valeurs d’usage ou d’appropriation. Impliquées indéfiniment dans les opérations d’échange elles jouent un rôle prépondérant parmi les relations des individus et des groupes. Les problèmes qu’elles suscitent sont la matière de recherches particulières, les sciences économiques et un grand nombre de techniques de rivalité, de concurrence et de compétition.

b) Les Valeurs de groupe :
Une même valeur économique ou d’appropriation est réguliè­rement estimée telle par une pluralité de sujets ou d’agents, leur commun sentiment est de nature à les faire collaborer pour y atteindre, seulement l’accord entre eux pourra prendre fin au moment du « partage des bénéfices » : on n’a travaillé ensemble qu’en vue d’un résultat personnel et exclusif. Mais au dessus de cette classe de valeurs communes il ne manque pas de s’en produire une autre ; des associés, si même leur intérêt personnel est prépondérant dans leur entente, en viennent tôt ou tard à considérer, fût-ce sans qu’ils s’en rendent compte, que le groupement qu’ils forment est revêtu, à leurs yeux, d’une valeur propre, et qu’il s’agit, le cas échéant, de lui sacrifier une part de l’intérêt particulier de chacun. Le devoir patriotique, l’attachement à un culte, l’esprit de clocher, les sentiments de famille, d’amitié, suscitent des inclinations, des règles de conduite capables de mettre un frein au déchaînement de l’égoïsme et des prétentions individuelles, ils sont parfois l’occasion de sacrifices héroïques et toujours ils comportent à quelque degré une abnégation relative.

Parmi les communes valeurs on placera donc, au dessus des valeurs d’appropriation, les valeurs de groupes (r). Celles-ci méritent déjà d’être intégrées dans les valeurs morales ; selon, du moins le degré de désintéressement que consent l’individu pour y conformer sa conduite: il y a un devoir patriotique, un honneur professionnel, une confraternité pure, etc. Les valeurs de groupe sont supérieures aux valeurs d’appro­priation, parce qu’elles sont plus consistantes. Elles assurent un accord des conduites plus marqué et plus durable, car le groupe impose à ses membres de surmonter des conflits d’intérêts, de ne pas varier dans leur conduite selon les seuls avantages individuels et les occasions de profit qui se présentent.
(1) Cf. E. DUPRÉEL, Sociologie Générale, sections III, IV, V. L

Mais les groupes sont multiples et variés selon la nature des rapports sociaux qui les caractérisent et selon leur dimension. Chaque groupe aura son « bien » propre et le proposera à ses membres. De plus un même individu, dans les sociétés développées, se trouve impliqué, comme membre dans plusieurs groupes en même temps, la pluralité des groupes se complique de leur « interpénétration ». Si nous appelons le droit l’ensemble des règles de conduite conformes aux valeurs propres à un groupe donné, celles dont la connaissance et le respect assurent sa durée, sa prospérité, sa « grandeur », il nous faudra reconnaitre que le droit, toujours multiple et limité, ne saurait épuiser toutes les valeurs qu’une conscience développée est conduite à retenir comme lui imposant, dans tous les cas, quelque retenue ou quelque sacrifice. Les valeurs d’un groupe ne s’imposent pas à la conscience d’un étranger, et si le conflit est intérieur à une conscience qui voit s’opposer les de deux groupes desquels convenances elle relève à la fois, quelle préférence pourra terminer heureusement sa délibération, où sera le vrai devoir ?

C’est là reconnaitre qu’à tous les degrés de la délibération l’opportunité peut se faire sentir de régler la décision sur des va­leurs qui ne suggèrent seules ni l’intérêt personnel ni la conve­nance d’un groupe unique, si considérable qu’il soit par sa durée ou par ses dimensions. Ces valeurs-là seront des valeurs pures, qui ne s’identifient avec le bien d’aucun être particulier, singulier ou collectif. Nous les appellerons valeurs absolues. Loin de n’être que chimériques, l’ob­servation la plus superficielle en révèle la présence effective dans les dicours, les argumentations, et même dans le scrupule secret des consciences. Il suffit de nommer celles de ces valeurs le plus universellement reconnues : ce sont les valeurs proprement mo­rales, qui se résument dans la justice et la bienfaisance, dans le . beau et dans la vérité (1).
(1) Une analyse détaillée ferait voir que les valeurs morales qu’on peut réunir sous le nom d’honneur généralisé (par opposition à l’honneur propre à un groupe particulier) consistent dans une combinaison de ces valeurs absolues appliquées à des circonstances particulières.

Nous savons d’avance que ces notions si augustes sont des notions confuses, mais c’est seulement en tant qu’idées ou notions que le bien moral, le beau et le vrai sont marqués de confusion, or, ce n’est pas des notions que nous traitons en cet endroit, c’est des valeurs, cela veut dire que nous considérons celles-ci en tant que forces déterminantes des actions et des décisions. Une force n’est pas confuse (ni claire), elle est seulement plus ou moins grande ou plus ou moins intense. Les notions du juste et de l’injuste sont multiples et s’affrontent souvent, mais la valeur de justice sur­monte les variétés.

On se trouve ainsi parvenu au sommet de la hiérarchie des valeurs. Le nombre et la diversité des noms qui conviennent à cette classe suprême suffirait à montrer que leur nature, leurs rapports mutuels, et leur intervention dans les délibérations, les argumen­tations, les controverses, constituent le domaine par excellence de la méditation philosophique en même temps qu’elles figurent au premier rang des notions de la sociologie. C’est sous ce dernier aspect, que nous avons proposé de les dénommer valeurs de symbiose. Il convient en effet d’appliquer par extension le terme de symbiose à l’ensemble des sociétés humaines, les unes séparées, les autres en état d’interpénétration par la possession de membres communs. Tandis que les valeurs d’un ordre moins relevé, passions individuelles, intérêts communs, convenances de groupes ou d’associations n’entrent en ligne de compte que dans les relations entre individus déterminés, entre groupes isolés ou isolables, les valeurs de l’ordre absolu, au contraire, peuvent entrer dans les scrupules d’une conscience à propos de n’importe lequel de ses rapports avec autrui, et, peut-on dire, se trouvent d’avance prêtes à intervenir par l’intérieur dans tout débat dont s’avise une conscience. De savoir si une action est probablement bonne, un objet beau, un jugement vrai, cela peut toujours entrer en ligne de compte, quelle que soit la question posée, qu’il s’agisse de rapports entre individus, de plusieurs à plusieurs, d’un seul à plusieurs, d’un seul avec tous.

Les valeurs absolues constituent pour chacun un « préalable », une sorte de recours, d’appel en dernière instance, toujours disponibles, soit que l’on en tienne compte dans l’acte à poser, soit que l’on passe outre. Le terme de valeur de symbiose se justifie par là, puisque seules les valeurs auxquelles nous l’appliquons ne tiennent compte ni de la variété des intérêts ni de la diversité des groupes. Elles sont en opposition avec toutes les autres valeurs qui ne sont jamais que conditionnées par de telles différences. Pour les valeurs absolues, pour le beau, le vrai, le bien, il n’y a pas à chercher sur quel avantage particulier elles reposent et par lequel elles se justifient. Les estimer est immédiat, inconditionnel, ce n’est jamais qu’au second temps qu’il arrive qu’on s’efforce de les appuyer sur quelque raison, toujours moindre parce que plus particulière. Tenir une valeur pour absolue c’est l’estimer bonne en soi, sans l’appoint de quelque autre valeur préalablement reconnue, soit que l’on y conforme sa conduite, soit que l’on s’attende à ce que les autres s’y conforment.

Faisons à ce propos une remarque sur ce qu’on peut appeler l’étendue ou le domaine d’influence de ces valeurs supérieures, sur les chances qu’elles ont de fixer les contenances. Trop souvent on confond le tout de la justice, par exemple, avec les cas, jamais assez fréquents, où l’acte juste est posé par la seule intension d’y être conforme, fût-ce au prix d’un détriment. En fait le rôle social d’une telle valeur va bien au-delà, et se trouve bien plus assuré d’être effectif. Ce sont ceux à qui une injustice commise fait tort qui proclament la règle de justice avec le plus d’énergie. Les pires malfaiteurs se gardent bien de nier la morale ou de feindre de l’ignorer, ils prétendent seulement ne l’avoir pas enfreinte. L’accord sur les valeurs de symbiose va donc bien au-delà de la somme des actes qui y sont conformes par désintéressement ou sacrifice consenti ; toutes sortes d’intérêts, de passions qui portent à violer les bonnes règles, y trouvent cependant un appui par de solennelles protestations, dès qu’il s’agit de mettre à profit la vertu des autres, de se rallier à leurs bons sentiments (1).
(1) A mesure qu’un groupe particulier (fût-ce une association de malfaiteurs) devient un plus grand groupe, par le nombre accru de ses membres, il incline à insérer les valeurs absolues parmi les règles qu’il proclame comme les siennes propres. Il tend ainsi à confondre son honneur de groupe avec l’honneur en général, à base des valeurs absolues.

On résumera la différence entre les valeurs absolues et toutes les autres valeurs en disant que seules elles sont reconnues par une évidence pratiquement immédiate. La notion d’évidence, d’usage dans le sens commun, a un grand passé dans la philosophie. On sait le rôle de critère général qu’ont voulu lui faire jouer les cartésiens. Mais il ne l’ont conçue que sous l’aspect de connaissance nécessaire, soit intuition du moi pensant, soit évidence mathématique, purement intelligible. Or, il est trop clair que l’évidence, notion toute subj ective, ne peut jouer ce rôle dominateur, car il y a des erreurs qui passent pour vérités évidentes avant d’être réfutées.

Il convient au contraire de reconnaître qu’il y a, non une évidence, la connaissance universelle et nécessaire, mais des évidences qui ne requièrent que la conviction instantanée et jugée sans recours. Telle est l’évidence de notre moi, le sens intime, propre à chacun, de sa réalité, directe et irréductible, telles sont les évidences des valeurs absolues, de la justice, l’horreur de la cruauté, l’attrait de la bonté ; telle aussi, et plus frappante encore, l’évidence de la beauté qui s’impose à l’âme de l’artiste avec la même tranquille assurance qui soutient le mathématicien devant une élégante démonstration. On ne peut que traiter par le mépris la méconnaissance d’une beauté profondément sentie, de même que l’adhésion aux règles fondamentales de la morale se passe de la condition préalable d’une démonstration, pas plus sûre et souvent plus fragile que la conclusion.

Les penseurs de tous les temps, inquiets de l’insuffisance permanente de la moralité, se sont appliqués à consolider cette aperception devenue immédiate des valeurs de désintéressement par des raisons qui les fondent, volonté d’un dieu parfait, nature héréditaire, utilité, technique du bonheur vrai, conformité directe à l’ordre universel etc.

Pour expliquer l’existence du sentiment immédiat des valeurs absolues (de celles du moine qui sont le plus couramment distinguées comme telles), il semble qu’il convienne d’apercevoir dans cette consistance supérieure, comme dans celle du moi, une synthèse accomplie des expériences communes à chacun et à tous, l’aboutissement d’une évolution de la vie et de la société. L’attachement au vrai, au beau et au bien sous quelque forme qu’on les saisisse, l’accord universel sur leur magistère, en dépit des divergences, paraît bien marquer la conformité d’une conscience développée comme d’une association permanente, avec tout ce qui rend plus probable la durée et le développement de l’espèce humaine. Il n’y a rien là d’une donnée toute a priori ou métaphysique, mais un aboutissement général. D’ailleurs une précarité irréductible pèse sur cette élaboration par l’assaut constant des passions et par l’inconsistance relative des notions qui la dirigent.

A l’encontre des autres valeurs appuyées toujours sur quelque intérêt de groupe ou d’individu, les valeurs absolues n’ont pour elles que cette seule évidence que nous avons tâché de définir, rien d’autre ne les rend assurées de prévaloir dans les décisions et les conduites. Il importe d’insister sur le rapport qui lie un degré de précarité avec le degré de consistance des valeurs.

XX. PRÉCARITÉ DES VALE URS

La consistance d’une valeur tient toute dans sa capacité de prévaloir sur d’autres valeurs dans la conduite d’un sujet actif. Les valeurs dites supérieures sont capables d’influencer les décisions d’une pluralité d’agents ; il y a les valeurs de groupes, qui procurent à la contenance de l’adhérent une consistance que ne sauraient lui assurer les suggestions de son seul intérêt et de ses passions, et il y a les valeurs que nous appelons absolues ou de symbiose : celles-là conférent à l’agent qui les apprécie et s’y conforme une consistance soustraite aux variations des impulsions égoïstes et aux convenances des groupes particuliers. S’ensuit-il que cette hiérarchie des valeurs soit dans la pratique en position de régler l’état général des affaires ? Ce n’est que trop brutalement qu’éclate le contraire ; l’intérêt personnel « prévaut », c’est-à-dire l’emporte souvent sur les devoirs de groupes, et de même contre la fidélité aux valeurs absolues, l’ambition des groupes, le fanatisme de leurs adhérents ont vite fait de méconnaître jusque dans les affaires les plus importantes, la ligne de conduite qu’inspirait avant tout la reconnaissance des valeurs absolues. A toute valeur il peut donc être fait violence dans une action donnée, où prévaut ainsi, pour la circonstance, quelque valeur inférieure. Cette précarité générale tient justement, à ce que toute valeur supérieure, de groupe ou de symbiose, demande un sacrifice, exige qu’une impulsion plus immédiate soit surmon­tée, un dépassement de l’individu devant l’intérêt du groupe, un dépassement du groupe et de ses valeurs devant l’idéal des valeurs de symbiose.

On voit que la précarité d’une valeur a chances d’être d’autant plus grande qu’elle se place plus haut dans la hiérarchie. De toutes les valeurs les plus menacées de ne pas réunir, dans une circonstance donnée, l’unanimité des jugements et des décisions, ce sont les valeurs de symbiose que résument le vrai, le beau et le bien. Elles ne sont assurées d’être reconnues et respectées que dans les cas, heureusement fréquents où leur respect s’avère conforme à l’avantage de tous les délibérants, mais il demeure toujours possible que quelque intérêt étranger conduise quelqu’un à contester l’argument. De bonne ou de mauvaise foi des contradicteurs peuvent soutenir que ces hautes valeurs ne sont pas contre leur thèse, et même qu’elles sont pour elle. Ici les méfaits de la confusion des notions élaborées apparaissent dans toute leur étendue.

Les valeurs absolues étant mises en acte par un agent conscient, ne le sont que par le moyen de notions qui les définissent. Or, peu de notions sont plus confuses, et par suite plus variables quant au sens, que les notions de justice, du bien général ou universel, ou que les idées du beau et de son contraire ; et quant à la vérité, s’il en est d’avérées et d’indiscutées, ce n’est pas sur celles-là, c’est sur les discutables que peuvent se prolonger indéfiniment les controverses.

Nous savons que les valeurs du niveau supérieur ne sont fondées directement ni par l’expérience ni par le raisonnement ; ne les justifier que par ces moyens c’est les ravaler plus ou moins au niveau des valeurs relatives, toutes de comparaison, c’est leur assigner d’autres valeurs comme des conditions préalables. On ne démontre pas la vérité de la vérité, on s’en sert et on la saisit une fois acquis les moyens de la reconnaître. Quant au beau, chacun sait en quel panier de crabes, de notions confuses l’on réunirait les arguments des amateurs, des détracteurs et des créateurs eux-mêmes. Encore une fois, les plus hautes valeurs sont valeurs d’in­tuition immédiate, ou plutôt elles ne sont atteintes, saisies dans leur plénitude, que par cette intuition profonde qui s’opère dans les consciences préparées pour l’obtenir.

L’intuition qui les impose à une conscience n’est pas quelque réalité brute ni une force inconditionnée, c’est une synthèse de perceptions, de souvenirs, d’émotions, d’intentions, d’in fluences d’autrui, en nombre infini et infiniment fondue et unifiée. Elle se suggère de l’un à l’autre parmi les consciences bien disposées, mais elle ne se communique pas, il faut qu’elle se refasse dans chaque conscience, à partir des suggestions qui lui sont faites, à force de notions confuses et imparfaites. Or, par cette opération, les valeurs du troisième genre apparaissent comme ayant avec les valeurs du premier genre (individuelles) certaines affinités qu’elles n’ont pas ou qu’elles ont moins avec les valeurs du second genre ou valeurs de groupe.

Le discernement des valeurs absolues, incommunicable directement, effet d’une intuition propre, détache plus ou moins l’individu de ce qui le lie avec le groupe, le fait se retrancher en lui-même, dans ce for intérieur où il se retrouve avec les forces tout individuelles et héréditaires. Ce sera dans ce rapprochement des valeurs du troisième genre avec les dispositions tout individuelles que la conscience pourra soutenir une liberté modératrice de l’influence nécessaire, éducatrice et salutaire des groupements sociaux aux-quels au surplus elle demeure et doit demeurer attachée.

DEUXIEME PARTIE LA PROBABILITE CONSTRUCTIVE I. LE HASARD On le sait du reste, la théorie de la Consistance dont quelques traits viennent d’être esquissés écarte selon nous tout recours à l’idée de causalité si hautement équivoque. Celle-ci en effet sup­pose que quelque natttre préalable, celle de la cause, communique quelque chose d’elle à l’effet à considérer. Or, le propre de l’idée de consistance c’est qu’elle ne repose sur aucune des détermina­tions particulières des êtres qu’elle concerne. Elle vaut quelle que soit la nature de ceux-ci. C’est en fait reconnaître que le philosophe de la consistance ne se trouve que devant le problème du fortuit, du hasard et de ses conséquences essentielles. Son mérite propre est d’écarter toute nature préalable. Quel que soit le monde ou la panie du monde qu’il se prend à considérer, le penseur ne peut y découvrir d’abord que des accidents avec leurs effets pre­miers, fortuitement accumulés ; et la simple réflexion de sens com­mun suffit à le confirmer dans cette attitude. Les choses finies, en effet, ont toujours le hasard ou le fortuit pamti les conditions de leur production et de leur durée ; prétendre le contraire c’est recourir à une cattse à laquelle on suppose tous les caractères qu’il faut pour que l’effet en soit résulté. Qu’est-ce donc que le hasard ? A l’état le plus simplifié qu’on puisse l’apercevoir il s’agira de deux êtres quelconques, jusque là indépendants dans le temps et l’espace qui en viennent à se ren­contrer, et par là même à se modifier réciproquement, si peu que ce soit. Le hasard pur est par nature et par définition altération d’un état antérieur, il est, si partiellement que ce soit, destmction chez les deux éléments venus à s’influencer. Destruction est donc partie intégrante de sa définition même. C’est bien à bon droit que la plus saine réflexion philosophique

s’est de tout temps refusée à n’écarter les explications par le sur­naturel qu’en recourant à quelque coup direct de pur hasard ou à quelque suite, fortuitement ininterrompue, de hasards heureux. Le hasard, en tant que tel, ne peut que dégrad er. IL LA PROBABILITÉ CONSTRUCTIVE Mais qu ‘est-ce alors que la durée ? Car il y a des êtres qui durent à travers les meurtrissures du temps et le problème fondamental est d’expliquer ce succès, la naissance et la persistance des êtres et des états de choses qui durent. Nous savons que c’est du côté de la similitude qu’il faut en cher­cher la solution. Tous les êtres sont et ne peuvent qu’être pourvus à la fois de caractères semblables et de caractères différents (ne fût-ce que de n’occuper pas les mêmes lieux en même temps) . Mais la proportion est variable, et si dans les rapports fortuits de deux êtres quelque effet particulier résulte de leurs caractères communs et quelque autre effet de leurs différences, ces particu­larités seront peu discernables dans les cas où similitudes et diffé­rences se compensent plus ou moins ; plus sensibles au contraire seront les effets d’une grande inégalité dans leur proportion ; aisé­ment discernables en particulier seront les effets d’un important surcroît de similitudes ; ce sont les êtres pourvus de cette particu­larité que nous avons retenus sous le terme de “ semblables >>. La théorie de la consistance est fondée sur l’effet capital des vicissitudes éprouvées en commun par les êtres semblables, qui est de produire un surcroît de consistance, à la fois chez les sujets intéressés devenus plus compatibles entre eux, moins sujets à s’en tredétruire, et dans le tout que forme leur rapprochement, être collectif devenu plus capable de résister à la dispersion dont les menace plus ou moins l’action du dehors. Un surcroît de consistance c’est, et ce n’est que la production d’une certaine d11rée qui implique chez l’être qui en est pourvu, une capacité d’altérer ce qui vient à son contact, par le fait de résister à son action plus ou moins délétère. La similitude est donc à la racine d’une espèce de probabilité qui, au lieu de ne faire qu’altérer le présent, construit au contraire une réalité assez du­rable. Mêlée à toute activité, laquelle est toujours et d’abord, changement, il y a par des réactions intérieures, une probabilité constructive, à laquelles se ramènent la naissance et la durée de tous les êtres capables d’opposer leur persistance à l’écoulement général de ce qui les entoure. La probabilité constructive n’est en rien postérieure à toute probabilité altérante, elle est, avec le hasard brut, concomitante et constitutionnelle, mais les êtres dont la durée est suffisamment grande pour être discernée, tels que les solides ou comme les espè­ces vivantes, ne sauraient qu’être plus rares dans l’ensemble des choses que lee; rencontres toutes passagères qui ne s’offrent à notre perception que par les changements qu’elles entraînent. Cela résulte du fait que les êtres qui sont d’avance très semblables par une majorité de caractères communs et qui sont, en même temps, soumis à des vicissitudes communes, ne peuvent être dans le monde des choses en général que des sortes d’exceptions. On rejoint par cette remarque la hiérarchie des êtres selon la consistance. Les solides sont dans l’espace intégral beaucoup plus rares que les accidents tout éphémères, les êtres vivants où se combine la consistance propre des individus et celle de la collecti­vité dont ils sont les éléments, sont par rapport aux choses ina­nimées un cas très exceptionnel et enfin bien rares parmi les vivants, sont les êtres dont l’action est dirigée par les facultés les plus éminentes. Le caractère constructif de la probabilité consécutive de la simi­litude s’atteste par les conséquences indirectes de la production des êtres durables. Individuel ou collectif, un être une fois pro­duit entraîne qu’un certai n sens devient le propre de tout ce avec quoi il est en rapports : tout cela n’est plus totalement indifférent à son sort . Cela est encore plus sensible si l’on considère des êtres collectifs, associés par un sort commun. Il y a, du fait de ces “ existants >>, et par rapport à eux, des valeurs capables de favoriser leur durée, d’accroître leur consistance, leur volume, le nombre de leurs unités élémentaires. On peut parler d’un bien qui n’est que par rapport à chacun des êtres et qui se prolonge indéfini­ment au delà de ses limites. De la probabilité constructive relève donc non seulement la production des êtres de haute consistance, mais aussi leurs rapports avec l’alentour, le survenant possible ou probable, d’autant plus considérable qu’il s’agit d’êtres plus consistants. De quoi, par exemple, ne s’avise pas de se soucier l’homme civilisé et instruit, jusqu’à quels reculs dans le temps et dans l’espace ne porte-t-il pas son attention, au nom de ce qui, à sa connaissance, est conforme à ce qui est désirable, au bien des êtres avec qui il se juge solidaire ! Le chef-d’œuvre de la proba­bilité constructive est le sens que donne à l’Univers celui qui se hausse à le penser. III. LA PROBABILITÉ CONSTRUCTIVE ET LA GENÈSE Se rendre compte du rôle de la probabilité constructive dans l’ensemble des choses, dans l’universalité des vicissitudes, permet d’éliminer certains préjugés qui reviennent sans cesse à l’esprit de ceux qui s’interrogent sur “ l’origine des choses )) . Tout étant toujours, en proportions indéterminées, mélange de caractères différents et de caractères semblables, les conséquences de ces derniers sont constamment mêlées, dans les grands ensem­bles, avec les effets des différences, s’il en est de particuliers. En conséquence il ne saurait être question d’un commencement du monde des êtres consistants à partir d’un préalable qui en serait totalement dépourvu. Le monde, peut-on dire, commence inces­samment à l’instant présent, se constate sur nouveaux frais par un sujet percevant. On nous dira : vous reconnaissez donc que force est bien d’accepter l’existence de consistants préalables, à partir desquels commencent la formation et la durée des êtres consistants que l’on s’avise de discerner. -Sans doute, puisque la probabilité constructive est toujours concomitante avec le ha­sard brut . Il n’y a donc jamais que des changements dans le degré de consistance et dans l’apparition d’êtres qui en sont nouvelle­ment pourvus, mais jamais formation ex nihilo. On peut dire que la probabilité constructive travaille sur les débris de son activité antérieure et les utilise en les combinant sur nouveaux frais avec les hasards éternellement renouvelés. Pratiquement l’évolution générale que l’on retrouve à travers tout recommencement comporte deux espèces d’êtres consistants suffisamment défférenciés l’un de l’autre : d’abord la genèse des agglomérés continus, dus à la réunion d’éléments semblables ; ce sont les solides massifs, tels que la Terre, la Lune ou les plus in­fimes grains de poussière. Leur capacité de durer, évaluée selon le temps humain, peut être immense, on pourrait parler de notre monde comme d’un fait accompli, le fait du monde connu de nous, en tenant pour assuré qu’il y aura toujours des étoiles -mais pas les mêmes ! Il y a aussi les collectifs durables en tant que tels ; ce sont d’abord les collections dont les éléments sont des solides de notre première catégorie : rassemblements de semblables matériels, rassemblements dont la consistance est très faible, menacés qu’ils sont soit par la dispersion des unités, soit par leur agrégation où se perdent en s’y confondant les consistances propres aux compo­sants. Il y a ensuite, collectifs par excellence, les rassemblements d’êtres dont chacun est pourvu d’une consistance assez forte pour qu’ils trouvent en eux-mêmes le moyen de résister soit à l’éparpil­lement total, soit à l’agglutination qui n’en ferait plus qu’un solide (ou liquide, cas particulier) . C’est ici que s’impose ce fait capital, l’association où se combi­nent le souci de l’individu de durer comme tel en luttant à la fois contre l’influence délétère du dehors et contre l’influence mena­çant d’être excessive, que ses semblables exercent sur lui. L’effort ainsi créé conserve et favorise la collectivité, être supérieur et salutaire. On est alors devant le domaine de la Vie, oh le double soin de durer comme individu et de favoriser l’association peut aller jus­qu’à atteindre cette consistance supérieure, la pensée, la connais­sance communicable et accessible à l’accord des esprits, enfin la moralité. La vie sociale avec ses valeurs calculées et réfléchies s’élève jusqu’aux valeurs absolues où l’abnégation pure mais toujours relative, fait coïncider l’élan de l’individu comme tel et la consis­tance de la société intégrale, synthèse et symbiose des groupes particuliers. C’est par excellence dans l’examen du comportement des êtres collectifs les plus développés que l’on découvre à l’œuvre le double progrès de la consistance, celui des individus et celui du groupe, ces deux progrès communs à la fois solidaires et toujours sujets à des discordances par l’excès possible de l’un ou de l’autre des deux associés, par les conflits toujours imminents des excès d’organisa­tion dans le groupe et de ceux des entreprises individuelles, par la rivalité toujours irréductible, de l’ordre et de la liberté (1) . L’ordre imposant qu’étale devant notre contemplation le monde en tant que fait acqttis, avec ses cadres aux durées écra­santes, invite à concevoir l’idée que cet état est nécessaire et (1) En fait ce conflit général prend sa forme la plus importante dans les riva­lités des groupes particuliers où se mêlent dans les arguments les valeurs d’ordre et de liberté.

marqué d’éternité ; mais il n’y a jamais là qu’un moment dans des états sujets à des changements que rien ne limite d’avance. Nous l’avons déjà remarqué, le désordre et l’incohérence des menus accidents l’emportent immensément sur les existences durables, marquées à nos yeux par l’ordre qu’elles imposent plus ou moins à la masse des accidents instantanés. Ceux-ci rem­plissent le prétendu vide des intervalles entre les grands corps, en même temps qu’ils ne cessent jamais tout à fait de compé­nétrer tout ce qui est durable et consistant. C’est dire que si la probabilité constructive est présente par­tout et toujours, avec ses effets stabilisateurs, ceux-ci ne sont jamais que précaires, assaillis perpétuellement par les hasards dégradants. La différence et la destruction vont de pair avec les durées relatives, effets de la similitude ; mais le hasard brut ne triomphe jamais intégralemen t; un minimum de qualités com­munes à tout ce qui arrive à se produire, une similitude constitu­tionnelle ménage dans tout ce qui peut durer mieux encore qu’une possibilité : une positive probabilité de consistance accrue et de progrès. Depuis le plus infime grain de poussière jusqu’à la conscience du juste aux abnégations acceptées et voulues, dans tout l’in­tervalle qui sépare ces deux formes d’existence si disparates, quelque chose d’identique se retrouve toujours, qui est le propre de la probabilité constructive, quelque chose d’encourageant, en somme. Dès qu’un être est durable, dès qu’il est, il s’est formé autour de lui un ordre possible et toujours menacé, qui est son bien et qui consiste dans ce qui peut con firmer et prolonger sa durée. Le sort de tout être dépend des rapports de ce bien particulier avec celui des autres êtres, et l’échelle des valeurs traduit chez les êtres supérieurs l’effort de chacun pour faire en sorte que ces biens respectifs s’accordent et se favorisent. Ce qui produit et soutient cet effort, c’est universellement, fondamentalement, du cas le plus humble au plus raffin é, quelque similitzde qui se trouve donnée ou produite, génératrice d’asso­ciation.

NOTE r. PHILOSOPHIE ET METHODE SOCIOLOGIQUE

Dans un ouvrage antérieur, La Pragmatologie (dont le présent travail ne retient pas le nom trop peu adéquat), on peut lire à la première page : Il y a deux voies pour l’explication scientifique : la montée mathématique et la descente sociologique. Cette pensée risque de n’être pas comprise, elle est trop vague, et les termes montée et descente ne servent guère qu’à marquer une opposition qu’il y a lieu de retenir. Deux caractères paraissent suffire pour distinguer tout ce qui implique la vie : Dans un être vivant la réaction à l’assaut éventuel des choses du dehors implique toujours : r0 la mise en œuvre de moyens d’action qui lui sont intérieurs et dont il est au préalable pourvu. 2° A ce caractère fondamental un second caractère est lié : l’action de l’être vivant est toujours, dans le présent immédiat, une perte, une dépense, un sacrifice de force et de moyens, nécessaire pour le résultat final qui est au contraire une réparation du détriment subi, un retour à l’état premier, souvent avec avantage. Au contraire dans ce que produit le contact de deux êtres inanimés on ne trouve qu’un antécédent et un conséquent égaux quant à l’inertie foncière, il n’y a des deux côtés que changement relatif et dégrada­tion continue. Or, dans l’étude des êtres vivants c’est la sociologie, science des hommes associés (et antagonistes) qui présente le double caractère propre à tout le vital de la manière la plus avantageuse ; de tous les êtres auxquels ils peuvent être comparés les hommes se montrent pourvus du plus grand nombre de caractères communs et d’un degré de consistance supérieur, organes, connaissance, mémoire, réflexion, prévision. A tout ce que les sciences de l’inanimé, aux progrès si rapides, peuvent présenter à l’attention du philosophe, la sociologie, science des êtres les plus “ consistants )) et les plus capables d’association fournira le complément indispensable pour l’étude de l’universel, LA CONSISTANCE ET LA PROBABILITÉ CONSTRUCTIVE 37 son objet propre. C’est le sociologue qui discerne et étudie en détail le double progrès fondamental de la probabilité constructive, la consistance des individus par l’association à base de concessions mutuelles et la consistance du groupe à base de conventions et de croissance. Cette étude se complique des oppositions et des antagonismes qui résulteront de ce qui demeure toujours de diversité entre les individus et d’incompatibilité entre les groupes que leur croissance fait se rencontrer. C’est au cours de ces complications que l’on verra l’individu tantôt s’appliquer à favoriser l’organisation du groupe, tantôt combattre cette consistance accrue au nom de la sienne propre, opposer sa liberté aux excès qu’il juge menaçants de l’ordre social. Ces phénomènes proprement humains ne sont pas des hypothèses, ils sont dûment observés, mais lorsque le sociologue se double d’un philosophe, il ne peut que passer à leur généralisation et traiter des semblables en général sur le modèle de ces semblables privilégiés par leur haut degré de consistance. Il pourra passer ainsi à une théorie générale de la probabilité constructive où le phénomène le plus décisif est le rapprochement qui résulte de la similitude, quelle qu’elle soit. NOTE 2 TRAVAUX ANTECEDENTS Les idées principales exposées dans les pages qu’on vient de lire, consistance, théorie des semblables, hiérarchie des valeurs, théorie des idées confuses , proba bilité constructive, ont été élaborées au long de la carrière philosophique de l’auteur marquée, entre autres écrits, par : Le Rapport social, 1912, Traité de Morale, 1932, Esquisse d’une philosophie des Valeurs , 1y39, Sociologie Générale, 1948, Pragmato­logie, 1955 ; plus d’une étape de sa pensée peut se reconnaître dans les articles réunis sous le titre : Essais Plu,ralistes, 1949, (notamment : Convention et Raison, 1925, De la Nécessité, 1928, la Proba bilité ordinale, 1934, La Valeur et les Evidences , 1947. Toutes ces études convergent en somme vers l’unité d’une doctrine philosophique qui pourrait porter le nom de Rationalisme pluraliste. Le mot pluraliste est là pour exprimer le relativisme fondamental par lequel sont à corriger profondément “ sans l’abolir ,> les formes classiques du rationalisme, trop exclusivement édifié sur la seule conscience individuelle. Cette doctrine pluraliste s’oppose à la fois au rationalisme classique trop exclusivement logique, et au romantisme antirationaliste actuel, trop fondamentalement psychologique. TABLE DES MAT IBRES Première Partie. -LA CoNSISTANCE. I. Les contraires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 II. La consistance des êtres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 III. La similitude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 IV. L’amalgamation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . II V. Hiérarchie des êtres selon la Consistance . . . . . . . . . . . . . . I2 VI. Hiérarchie des êtres spatio-temporels . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13 VII. Hiérarchie des notions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . I4 VI II. Théorie des idées confuses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17 IX. Hiérarchie des valeurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 X. Précarité des valeurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27 Deuxième Partie. -LA PROBABILITÉ CoNSTRUCTIVE. I. Le hasard . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30 II. La probabilité constructive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3I III. La probabilité constructive et la Genèse . . . . . . . . . . . . . . 33 NoTE r. Philosophie et méthode sociologique . . . . . . . . . . . . . . NoTE 2. Travaux antécédents . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38 1445. Doutrepont, Georges. Jean Lemaire de Belges et la Renaissance ; 1934 ; L-442 p. . • • 80 :t ToME XXXIII 1449. Vercauteren, Fernand. Étude sur les Civltates de la Belgique seconde. C’...ontnbution à l’histoire urbaine du Nord de !a France, de la fin du III• à la fin du XI• siècle : 1934 : 10 cartes, 4 facs., 488 p. Épuisé. ToME XXXIV 1460. V.m \Verveke, H. De Gentsche financiën ln de Middeleeuwen ; 1934 ; 3 diagr., 423 p. • ToME XXXV 1468. Bonenfant, P. Le problème du paupérisme en Belgique à la fin de l’ancien régime ; 1934 ; 579 p. . • • • • • • • • • • • • 160 :1> . ToME XXXVI 1. 1462. Lefèvre, J. La Secrétairerie d’État et de Guerre sous le régime espagnol, 1594-171 1; 1934 ; 268 p. • • • • • • • • • • • . 60 :t 1481. Velgc, H. Y a-t-il lieu de créer en Belgique une Cour du contentieux admi­nistratif 1 Quelles devraient être sa compétence et son organisation 7

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ToME XLIV L 1571. Léonard, J. Le bonheur chez Aris tote : 1948 : IV-224 p. 80 » 2. 1584. Kerumans, Ch. Etude sur les circonscriptions Judiciaires et administratives du Brabant et les officiers plac<!., à leur tête par les Ducs, antérieurement à l’avènement de la Maison de Bourgogne ( 1406) : 19i9 ; 2 cartes, 436 p. 150 ::t ToME XLV 1. 1596. Grégoire, H., Goossens, R. et Mathieu, M. Askl èpios, Apollon Smintheus et Ru:lra : 1949 ; Il fig et 2 cartes : 204 p. . • • • • • • • 80 ::t

2. 1598. Stengers, J. Les Juifs dans les Pays-Bas au Moyeu Age : 1950 ; 1 carte, 190 p. 75 :a

3. 159;, Dechesne, L. L’avenir de notre civilisation : 1949 : 124 p. • • • • • 50 :a

4. 1601. Piron, Maurice. Tchantchès et son évolution d·ms la tradition liégeoise ; 1950 ; 9 pl.• 120 p. • 60 :t

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2. 1633. Cornil, Suzanne. Inès de Castro. Contribution à l’étude du dé.velo ppement

littéraire du thème dans les littératures romanes ; 1952 ; 153 p. • · • • 75 :1> 1631. Honigmann, E. Pierre l’Ibérien et les écrits du pseudo-Denys l’Aréopagite ; 1952 ; 60 • • • • • • • • • • • • • • • • 40 » 4. 1640•.Honigmann, et Maricq, A. Recherches sur les Res Gestae divi Saporis ; 1953 ; 4 planches hors-texte ; 1 carte ; 204 p. 100 » . ToME XLVI II 1. 164S. Govaert, Marcel. La langue et le style de Mamix de Sainte-Aldegonde dans son t Tableau des Diflerens de la Religion >; 1953 ; 312 p. . • • • 150 »

2. 1647, Hyart, Charles. Les origines du style indirect latin et son emploi jusqu’à l’ép’Jque de César ; 1954 ; 223 p. • • • • • • , • • • • lOO »

3. 1648. Martens, Mina. L’adn.inistration du domaine d:..cal en Brabant au Moyen Age (1 250-1406) ; 1954 ; 4 pl. ; 2 cartes ; 608 p. 400 »

TOME XLIX 1. 1650. Van Ooteghem, J. Pompée le Grand, bâtisseur d’Empire ; 1954 ; 56 fig., 665 p. 400 » ToME L 1. 1654. Spilman, Reine. Sens et Portée de l’Évolution de la Responsabilité civile depuis 1804 ; 1955 ; 132 p. . . . . • • • . • • • • 80 :1>

2. 1658. Bartier, John. Légistes et gens de finances au XV• siècle ; 1955 ; 4 pl. ; 452 p. 300 » 2 b. 1658bis. Idem : index-additions et corrections ; 1957 ; 76 p.

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4. 1674. Mortier, Roland. Les « Archives Littéraires de l’Europe > (1804-1 808) et le Cosmopolitisme Littéraire sous le Premier Empire ; 1957 ; 252 p. • 140 »

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4. 1686. Bonenfant, Paul. Du meurtre de Montereau au traité de Troyes ; 1958 ; XVI-282 p• • 300 ))

1687. Delatte, Armanù. Les Portulans grecs. II. Compléments ; 1958 ; 85 p. · , , 120 )) 1688. Mertens, Paul. Les Services de l’Etat Civil et le Contrôle àe la Population 1. à au III• siècle de notre ère ; 1958 : 1 h.-t. ; XX-170 p. 120 » 1690. Mortizr, Le « Hochepdt ou Salmigondi des Folz > (1596) ; 1959 ; 132 p. • • . • • • • • • • • • • • • 80 » 1699. Van Ooteghem, J. Lucius Licinius Lucullus ; 1959 ; 27 fig., 233 p. 160 » 1701. Henry H. Frost, Jr, The functional sociology of Emile Waxweiler ; 1960 ; 4. S. 244 p. 150 » ToME LIV 1. 1707. Lemerll, Paul. Prolégomènes à une édition critique et commentée· des « Conseils et Récits > de Kékauménos ; 1960 : 120 p. • . . . ,

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3, 1717. Dabln, Jean. Droit subjectif et Prérogatives juridiques. Examen des thèses de M. Paul Roubier ; 1960 : 68 p. • • . • • • • • • 50 » 1. 1720. Delatte, Armand. Herbarius. Recherches sur le cérémonial usité chez les Anciens pour la cueillette des simples et des plantes magiques ; 1961 ; 16 fig., 223 p. • . . . . • • • . • • . 240 »

S. 1721. Peeters, Paul. L’œuvre des Bollandistes ; 1961 ; 209 pages ; 2 h.-texte . • 140 » 6. 1723. Honigmann, Ernest. Trois mémoires posthùmes d’histoire et de géographie de l’Orient chrétien ; 1961 ; 2 pl., 216 p. · 200 » ToME LV 1, 172S. Kupper, Jean-Robert. L’Iconographie du dieu Amurru dans la glyptique de la }re dynastie babylonienne ; 1961 ; 96 p. ; 9 pl. . . . . 2. 1728. Dupréel, E. La Consistance et ,Ja Probabilité Constructive ; 1961 ; 39 p. 30 » J. DUCULOT, imprimeur de l’Académie Royale de Belgique, Gembloux. Printed in Bel i